ANNÉES 2000

HTML5

Au tournant des années 2010, le Web traverse une période où les smartphones se multiplient, les réseaux sociaux explosent, et les développeurs se heurtent à une limitation frustrante : comment écrire du code qui fonctionne partout sans devoir tout réécrire pour chaque plateforme ? HTML5 arrive dans ce contexte, non comme une simple mise à jour technique, mais comme une refonte de l'architecture du Web.

L'histoire commence en 2004, quand Ian Hickson, alors chez Apple, cofonde le WHATWG (Web Hypertext Application Technology Working Group). Ce groupe rassemble des ingénieurs d'Apple, de Mozilla Foundation et d'Opera Software, tous convaincus qu'il faut repenser les fondations du Web. Le W3C finit par intégrer leurs travaux dans une vision plus large d'une plateforme ouverte.

HTML5 ne se résume pas à un nouveau langage de balisage. C'est un ensemble cohérent qui englobe le Document Object Model, les feuilles de style CSS, JavaScript, et toute une série d'interfaces standardisées pour la vidéo, la géolocalisation, le stockage local ou les graphiques. Cette approche globale est une aubaine pour les développeurs.

Matthew McVickar, développeur web chez Ocupop, l'exprime clairement : HTML5 officialise des pratiques que les développeurs utilisaient déjà, mais de manière bricolée. Avec l'interface JavaScript pour la géolocalisation, par exemple, les navigateurs mobiles accèdent au GPS sans passer par des solutions propriétaires. Fini les bidouilles, place aux standards.

CSS3 apporte sa pierre à l'édifice en transformant la gestion de l'apparence des pages. Les développeurs créent maintenant des effets visuels directement dans le navigateur, sans passer par Photoshop ou d'autres outils externes. Le gain de temps est considérable, la flexibilité accrue.

Le stockage local marque une rupture avec les cookies traditionnels. Cette fonction autorise le stockage de volumes importants de données structurées côté client, permettant ainsi aux applications Web de tourner sans connexion internet. Les capacités graphiques s'enrichissent aussi avec le support natif des graphiques vectoriels SVG et l'élément Canvas, qui ouvre la porte aux animations 2D et 3D via JavaScript.

Ian Hickson, passé entre-temps chez Google, insiste sur la rigueur technique apportée par HTML5. Les anciennes versions d'HTML laissaient place à l'interprétation : deux navigateurs pouvaient intégrer différemment les mêmes spécifications tout en prétendant respecter les normes. HTML5 fixe des règles précises qui garantissent une vraie compatibilité.

Mais le déploiement se heurte à des obstacles. La vidéo cristallise les tensions : aucun standard unique pour la compression, le streaming ou la gestion des droits numériques. En 2010, Apple refuse Flash sur l'iPhone et l'iPad, lui préférant sa propre version d'HTML5. Microsoft et Google développent leurs approches, obligeant les développeurs à jongler avec plusieurs versions de leur code.

Hui Zhang, professeur à Carnegie Mellon et cofondateur de Conviva Inc., connaît bien le problème. Pour lui, la vidéo reste l'aspect le plus épineux du contenu en ligne. Faire converger codecs, protocoles de streaming et gestion des droits demande du temps et des compromis entre industriels.

Le W3C prévoit en 2014 de finaliser la spécification HTML5. Philippe Le Hégaret, responsable du domaine interaction, tempère pourtant les attentes : le développement continue. L'organisation reçoit régulièrement des demandes d'ajout de fonctionnalités, comme la conversion voix-texte directement dans le navigateur.

Le WHATWG prend en 2011 un virage radical en abandonnant la numérotation des versions. HTML est un « standard vivant » en développement permanent, une vision qui colle à la réalité d'un Web en évolution constante. Ian Hickson le dit sans détour : le développement d'HTML se poursuivra tant que la technologie sera pertinente.

Cette technologie montre comment la standardisation peut stimuler l'innovation sans sacrifier la compatibilité. Elle illustre aussi l'importance de la collaboration entre acteurs de l'industrie pour faire avancer le Web.