Stéphane Fosse

Ma veille technologique
Flux RSS, FreshRSS et Shaarli auto-hébergés, sans algorithme et sans mot-clé imposé

Publié le

Pourquoi RSS, et pas un fil algorithmique

À bien y réflechir, je fais de la veille technologique depuis mes premières expériences sur ORIC-1. Comme nombre d'entre nous, j'achetais des magazines pour m'informer des nouveautés dans notre domaine informatique. Puis, bien, avant les réseaux sociaux, avant les algorithmes de recommandation, il y avait déjà le RSS, un protocole simple et ouvert, où c'est moi qui choisis la liste des sources, pas une plateforme qui décide à ma place de ce qui mérite mon attention. Vingt ans plus tard, je n'ai toujours pas trouvé mieux.

Le choix n'est pas seulement une question de goût technique. Un fil algorithmique optimise pour le temps passé dessus, pas pour la pertinence de ce qu'on y lit. Le RSS ne fait rien d'autre que respecter l'ordre des flux auxquels on s'est abonné. Pas de recommandation tierce, pas de bulle de filtrage construite par une plateforme, seulement la mienne, celle que je construis moi-même en ajoutant ou en retirant une source.

FreshRSS, l'agrégateur central

L'agrégation se fait dans FreshRSS, un logiciel libre que j'héberge moi-même. Toutes les nuits, une tâche cron va chercher les nouveaux articles de chaque flux. Au réveil, tout est prêt : je n'ai jamais besoin d'aller consulter les sites un par un.

Le principe n'a rien d'original, n'importe quel agrégateur RSS fait ça. Ce qui compte pour moi, c'est l'auto-hébergement et les logiciels libres. Depuis 1995 et mes débuts sous Linux, j'essaie de garder la main sur mes propres outils quand c'est possible. FreshRSS tourne chez moi, pas chez un tiers qui pourrait fermer le service demain ou tirer parti de mes habitudes de lecture et de mes données personnelles.

Organisation par dossiers thématiques

Dans FreshRSS, les flux sont rangés en dossiers thématiques, sous forme d'arborescence. Ma configuration actuelle en compte une vingtaine, de tailles très inégales : 50 flux dans « Providers », 45 dans « Privacy », 39 dans « Dev », 37 dans « Security », 34 dans « IT » et autant dans « Technology », 32 dans « Business », 29 dans « AI » et autant dans « Open Source », 19 dans « Architecture », 15 dans « Cartographie »... jusqu'à des dossiers volontairement étroits comme « OSINT » (3 flux) ou « Histoire » (4 flux). Un peu plus de 460 flux au total.

Ce classement n'est pas qu'une affaire de rangement. Le construire m'oblige à me positionner : est-ce que cette source parle vraiment d'architecture d'entreprise, ou plutôt de business IT au sens large ? La frontière n'est pas toujours nette, et c'est en la traçant, dossier après dossier, que je clarifie ma propre cartographie du domaine.

Google Alerts, comme radar de découverte

En complément, j'ai posé quelques Google Alerts sur des mots-clés que je fais évoluer de temps en temps. Leur rôle n'est pas de me signaler des articles à lire, pour ça le RSS suffit largement, mais de me faire découvrir des sites que je ne connaissais pas encore. Une alerte remonte un nom de domaine inconnu, je vais voir s'il propose un flux RSS, et s'il tient la route, il rejoint un dossier de FreshRSS. La boucle se referme : l'alerte nourrit l'agrégateur, jamais l'inverse.

La lecture matinale : survoler, pas chercher

Idéalement, je parcours mes flux une fois par jour, le matin. Dossier par dossier, je survole les titres sans chercher de mot précis. Quand un titre accroche, j'ouvre l'article ; sinon, je passe au suivant. Ce n'est pas de la recherche, c'est du survol.

C'est un choix assumé. Je pourrais me contenter d'une liste de mots-clés à surveiller, ce serait plus rapide, plus ciblé. Mais je passerais à côté de tout ce dont je ne soupçonne même pas l'existence. Un mot-clé ne capture que ce qu'on sait déjà chercher. Le survol laisse une chance à l'inattendu.

Certains titres accrocheurs finissent en déception une fois l'article ouvert. C'est le jeu, le prix à payer pour ne pas s'enfermer dans ses propres catégories.

Shaarli : capturer sans se disperser

Quand un article mérite d'être gardé, pour le partager avec des collègues ou comme source potentielle pour un futur travail, je l'enregistre dans Shaarli, encore un outil libre, encore auto-hébergé, accessible sur veille.fosse.fr. Chaque lien est catégorisé par tag, ce qui en fait à la fois un carnet de notes et un outil de partage : plutôt que d'envoyer un lien perdu dans un message, je pointe vers une entrée déjà classée et contextualisée.

Un rythme, pas une obligation

L'idéal, c'est un passage par jour. En pratique, il m'arrive de sauter un week-end ou une semaine de vacances, et FreshRSS accumule simplement les articles non lus jusqu'à mon retour. Rien ne se perd, rien n'est urgent. C'est un flux à laisser couler, pas une file d'attente à vider à tout prix.

Le système tient depuis des années sans réglage particulier. La seule vraie maintenance, c'est d'ajouter ou de retirer un flux de temps en temps, et de résister à la tentation d'y greffer un jour un algorithme.