DEC PDP-1
En 1960 arriva le PDP-1 (Programmed Data Processor), premier ordinateur commercial de Digital Equipment Corporation. Cette machine rompt avec les monstres informatiques de l'époque par sa philosophie radicalement différente de vouloir rendre l'ordinateur accessible et interactif.
Kenneth Olsen et Harlan Anderson, fondateurs de DEC en 1957, ont conçu cet ordinateur en puisant leur inspiration du TX-2 du MIT Lincoln Laboratory, où ils avaient précédemment travaillé. Le TX-2 leur sert de modèle, mais ils en simplifient l'architecture tout en gardant sa dimension interactive.
L'un des traits distinctifs du PDP-1 réside dans ses performances techniques avancées. Sa mémoire à tores de ferrite contient 4 096 mots de 18 bits, avec un cycle de 5 microsecondes. Il traite 100 000 additions par seconde, surpassant de 2,5 fois les grands calculateurs contemporains grâce à son architecture parallèle et ses circuits à 5 MHz. La substitution des tubes à vide par des transistors Micro-Alloy et Micro-Alloy-Diffused diminue son encombrement à seulement 17 mètres carrés.
Son originalité tient surtout dans l'interaction directe qu'il propose avec l'utilisateur. L'écran cathodique de 16 pouces, le clavier Friden Flexowriter et le lecteur de bande perforée lisant 300 lignes par seconde créent une expérience d'utilisation immédiate, alors que le mode batch dominait largement les usages informatiques.
D'un point de vue technique, le PDP-1 apporte plusieurs innovations durables. Son jeu d'instructions comprend 32 opcodes avec des opérations arithmétiques, logiques et de contrôle. Son système d'interruption sequence break gère plusieurs périphériques simultanément. L'adressage indirect multiple apporte une flexibilité inédite dans le traitement des données. Ces caractéristiques marqueront les futures générations d'ordinateurs. Ce modèle utilise le complément à un pour son arithmétique, choix abandonné dans les versions suivantes au profit du complément à deux, illustrant sa nature expérimentale.
Vendu 120 000 dollars, la commercialisation du PDP-1 montre l'audace de DEC et défie les ordinateurs IBM. Cette machine ne nécessite ni climatisation ni faux plancher, fonctionne sur une simple alimentation de 110 volts et intègre des circuits d'autodiagnostic pour sa maintenance. DEC cherche ainsi à « démocratiser » l'accès à l'informatique.
L'environnement logiciel comprend un assembleur avec support des macros, un éditeur de texte appelé Expensive Typewriter, l'un des premiers interpréteurs Lisp, et divers utilitaires. Le système accepte plusieurs périphériques additionnels tels qu'un lecteur de cartes perforées, une imprimante rapide, des bandes magnétiques IBM, ou des convertisseurs analogique-numérique.
En 1962, des étudiants du MIT créent Spacewar! sur cette machine. Ce programme, considéré comme le premier jeu vidéo sur ordinateur, illustre les capacités graphiques et interactives du PDP-1 tout en inventant une nouvelle forme de divertissement.
Malgré la production d'une cinquantaine d'exemplaires entre 1960 et 1969, l'influence du PDP-1 établit DEC comme acteur majeur de l'informatique interactive. Son architecture inspire directement les futurs modèles de la série : PDP-4, PDP-7, PDP-9 et PDP-15.
Aujourd'hui, le Computer History Museum de Mountain View conserve trois PDP-1, dont un fonctionnait encore en 1995. Ces machines témoignent d'une période où l'informatique commençait à quitter les centres de calcul pour se rapprocher des utilisateurs. Contrairement à IBM qui privilégiait les systèmes centralisés, DEC misait sur l'interaction homme-machine et l'accessibilité. Le succès du PDP-1 valide la stratégie de DEC basée sur des machines moins onéreuses et plus accessibles. Le PDP-1 marque ainsi les premiers pas d'une informatique où miniaturisation et interactivité sont primordiales.