ANNÉES 1980

Apple Macintosh II

Mars 1987 : Apple bouleverse ses habitudes avec le Macintosh II. Trois ans après le premier Mac, cette machine brise les codes établis par Steve Jobs. Fini le boîtier compact et fermé, place à une architecture qui s'ouvre aux extensions. Cette volte-face répond à une nécessité : IBM gagne du terrain avec ses PC, et Apple doit séduire les professionnels.

Le cœur de la machine bat grâce au Motorola 68020, cadencé à 16 MHz. Apple l'associe au coprocesseur mathématique 68881, une combinaison qui quadruple les performances par rapport aux précédents Mac équipés du 68000. La mémoire vive de base atteint 8 mégaoctets, extensible jusqu'à 20 Mo avec un kit spécialisé. Pour le stockage, on trouve un lecteur de disquettes de 800 Ko et, en option, un disque dur de 40 à 80 Mo.

Mais la véritable révolution du Macintosh II tient dans ses capacités graphiques. L'affichage en couleurs fait son apparition dans la gamme Mac avec une palette théorique de 16,7 millions de teintes. Seules 256 s'affichent simultanément, certes, mais c'est déjà un bond considérable. Plus audacieux, la machine accepte plusieurs moniteurs. Les utilisateurs choisissent entre l'écran monochrome 12 pouces et le modèle couleur 13 pouces, ce dernier exploitant la technologie Trinitron de Sony et sa réputation d'excellence.

L'aspect extérieur tranche avec la tradition Mac. Le boîtier horizontal évoque les PC IBM plutôt que l'élégance verticale des premiers Macintosh. Cette forme abrite une carte mère dotée de six slots d'extension NuBus. Ces emplacements accueillent cartes graphiques, contrôleurs SCSI ou émulateurs CP/M et Pascal. Apple maintient sa simplicité légendaire : aucun cavalier à positionner, aucun commutateur DIP à régler. Les cartes se configurent automatiquement.

La connectique ne lésine pas sur les possibilités. Deux ports série, deux connecteurs Apple Desktop Bus pour périphériques, une interface SCSI et une sortie audio stéréo équipent la machine. Le son mérite une attention particulière grâce à sa puce personnalisée. Quatre voix stéréo avec échantillonnage à 44,1 kHz : une qualité remarquable pour l'époque.

MultiFinder accompagne cette puissance matérielle. Ce système d'exploitation autorise l'exécution simultanée de plusieurs applications. Imprimer tout en téléchargeant, calculer en arrière-plan pendant la rédaction, toutes ces possibilités représentaient une innovation en 1987. L'interface graphique conserve la clarté Mac tout en exploitant la couleur.

Le prix reflète l'ambition du produit : 5 498 dollars avec disque dur, soit plus de 14 000 dollars actuels. Cette tarification vise clairement les professionnels et les utilisateurs fortunés. Les résultats suivent : les secteurs de la publication assistée par ordinateur, du graphisme et de l'ingénierie adoptent volontiers cette machine.

Au-delà des chiffres de vente, le Macintosh II instaure des standards durables. L'importance de la qualité d'affichage, la modularité maîtrisée, l'automatisation des configurations : ces principes guident encore la conception informatique contemporaine. La preuve qu'un ordinateur peut conjuguer puissance et simplicité d'usage, une philosophie qui traverse les décennies chez Apple.

La production s'achève en janvier 1990, remplacée par les Macintosh IIx et IIfx, plus performants. L'héritage perdure dans les stations de travail professionnelles qui suivront. Cette attention portée à l'affichage et au son annonce l'ère multimédia de l'informatique personnelle.

Le Macintosh II cristallise un moment particulier dans l'histoire d'Apple. L'entreprise démontre sa capacité d'adaptation aux contraintes du marché professionnel sans abandonner ses convictions. Cette recherche d'équilibre entre ouverture commerciale et identité propre caractérise toujours la stratégie de développement d'Apple.