Microsoft Windows 98
Après le triomphe de Windows 95, Microsoft dominait le marché de l’informatique personnelle en 1998. L’entreprise avait rompu avec IBM, désormais en déclin sur le segment des ordinateurs grand public, qui abandonnait OS/2 au profit de Windows et NT. Le système d’exploitation que Bill Gates avait failli voir disparaître à plusieurs reprises régnait maintenant sur l’univers des ordinateurs de bureau.
Windows 98, nom de code Memphis, sortit le 25 juin 1998. La version OSR2 de Windows 95 avait déjà intégré Internet Explorer 3 puis 4, le système de fichiers FAT32 et le support USB. Cette nouvelle mouture devait consolider ces avancées et apporter des améliorations importantes. Jim Allchin, vice-président senior de la gestion des systèmes commerciaux américains, fixa le cap : améliorer les fonctionnalités réseau, simplifier le Panneau de configuration et automatiser davantage le système. L’équipe privilégia l’optimisation qualitative plutôt que l’ajout de nouveautés tape-à-l’œil. La presse spécialisée ne manqua pas de critiquer cette approche, regrettant l’absence d’innovations spectaculaires.
Le développement débuta en janvier 1997 avec une première version pour développeurs. La version alpha initiale (build 1387) sortit le 7 février 1997. Le 3 octobre, la bêta 2.1 (build 1602) permit enfin la mise à niveau depuis Windows 3.x. La Release Candidate 0 arriva le 16 février 1998, suivie de la version bêta finale le 9 mai. Les passionnés de technologie eurent ainsi le temps de tester le système avant sa sortie officielle.
Sur le plan technique, Windows 98 introduisit le Windows Driver Model (WDM) qui remplaça progressivement le modèle VxD hérité de Windows 2.0 pour 386. Cette évolution permit l’arrivée de l’interface ACPI (Advanced Configuration and Power Interface). Sans WDM, l’hibernation système aurait été impossible, les performances des périphériques Plug and Play auraient plafonné, et le traitement audio aurait souffert de limitations importantes. Les fabricants de matériel adoptèrent ce nouveau modèle progressivement, mais cette modernisation facilita grandement les transitions ultérieures entre versions de Windows.
Le support matériel progressa sensiblement. La gestion USB gagna en maturité avec l’ajout des concentrateurs, des périphériques d’imagerie et audio. La compatibilité avec les contrôleurs IDE et SCSI s’étendit, le support AGP fit son apparition. DirectX 5.2 enrichit les capacités multimédias du système, particulièrement pour les jeux. La gestion multi-écrans et la lecture de DVD complétèrent ces nouveautés.
Les fonctionnalités réseau connurent une refonte importante. L’intégration de Winsock 2, la signature SMB, l’optimisation DHCP et NDIS 5.0 modernisèrent la connectivité. Le partage de connexion Internet simplifia la mise en réseau domestique. Ces perfectionnements techniques ne se déroulèrent pas sans accrocs. Lors d’une présentation publique au COMDEX de Chicago le 20 avril 1998, Chris Capossela et Bill Gates subirent un écran bleu embarrassant en tentant de démontrer les capacités Plug and Play du système.
Les exigences matérielles comprenaient, au minimum, un processeur 486DX2 à 66 MHz, 16 Mo de RAM et 500 Mo d’espace disque disponible. Les recommandations officielles préconisaient un Pentium avec 24 Mo de RAM, certains services informatiques universitaires suggérant 32 Mo. Des utilisateurs découvrirent qu’en utilisant le paramètre /nm lors de l’installation, il était possible de contourner ces prérequis et d’installer le système sur un 80386 avec seulement 4 Mo de RAM. Une installation minimale n’occupait que 120 Mo d’espace disque. Les temps ont bien changé.
Les premiers jours de commercialisation virent s’écouler 530 000 copies en magasin. Ce chiffre, inférieur aux ventes record de Windows 95, s’explique par une promotion plus modeste et des changements moins spectaculaires. Certains revendeurs et clients tentèrent néanmoins de recréer l’atmosphère des lancements de Windows 95, avec des files d’attente et des événements spéciaux à minuit.
Windows 98 Second Edition, lancé le 5 mai 1999, apporta principalement des corrections de bugs mais inclut quelques améliorations. Internet Explorer 5 remplaça la version 4, le support FireWire fit son apparition, la technologie SBP-2 améliora la gestion du stockage USB. DirectX passa en version 6.1, tandis que le support WDM pour l’audio et les modems progressa significativement. Le support de l’API WinG fut abandonné au profit de DirectX, et Windows Media Player remplaça RealPlayer 4.
L’organisation du développement chez Microsoft étaient en avance sur les méthodes actuelles de l’industrie logicielle. Une équipe se concentrait sur le produit en cours pendant qu’une autre préparait la version suivante. Cette séparation maintenait un cap clair tout en préservant la compatibilité avec les systèmes antérieurs. L’introduction progressive du WDM illustre cette approche : les anciens pilotes restaient utilisables pendant que les fabricants adoptaient le nouveau modèle.
Windows 98 marqua une étape dans l’évolution des systèmes d’exploitation, malgré un accueil mitigé de la presse technique. Son héritage réside dans sa capacité à avoir consolidé les innovations de son époque tout en préparant les évolutions futures. Le système fut progressivement supplanté par Windows 2000 et Windows XP ensuite, qui offraient une stabilité et une sécurité accrues grâce à leur architecture NT. La fin du support officiel par Microsoft au milieu des années 2000 marqua la conclusion de cette période.