Visual Basic
Visual Basic commence avec une idée simple : rendre accessible la programmation Windows à un public plus large que les seuls experts en C ou en assembleur. En mai 1991, Microsoft frappe un grand coup en lançant Visual Basic 1.0. Pour la première fois, créer une interface graphique ne nécessite plus d'écrire des centaines de lignes de code obscur. Il suffit de glisser-déposer des boutons, des zones de texte et des menus directement sur l'écran.
Cette approche visuelle bouleverse les habitudes. Là où il fallait auparavant maîtriser les subtilités de l'API Windows et manipuler des structures complexes, Visual Basic propose une logique intuitive : ce que vous voyez à l'écran correspond exactement à ce que verra l'utilisateur final. Un bouton placé dans un coin de la fenêtre apparaîtra au même endroit dans l'application terminée.
Microsoft ne s'arrête pas là. En septembre 1992, une version DOS voit le jour, tentant de transposer cette facilité d'usage dans l'environnement texte. Les caractères ASCII étendus simulent tant bien que mal des éléments graphiques, mais l'expérience est rudimentaire comparée à la version Windows.
La version 2.0 de novembre 1992 corrige les premiers défauts et accélère l'exécution des programmes. L'environnement de développement gagne en fluidité, ce qui encourage encore plus de programmeurs à franchir le pas. Avec la 3.0 de l'été 1993, Microsoft introduit une nouveauté de taille : l'accès direct aux bases de données. L'intégration avec Access simplifie la création d'applications de gestion, un marché en pleine expansion.
Visual Basic 4.0 sort en 1995. Windows 95 démocratise les systèmes 32 bits, et Microsoft adapte son langage en conséquence. Cette version navigue entre deux mondes : elle génère du code 16 bits pour les anciens systèmes tout en exploitant les capacités des nouveaux processeurs 32 bits. La programmation orientée objet fait son apparition, timidement certes, mais elle ouvre de nouvelles perspectives architecturales.
Deux ans plus tard, Visual Basic 5.0 abandonne définitivement le 16 bits. Cette décision audacieuse témoigne de la confiance de Microsoft dans l'avenir du 32 bits. La compilation native remplace l'interprétation traditionnelle du BASIC, accélérant significativement l'exécution des programmes. Les développeurs découvrent la possibilité de créer leurs propres contrôles réutilisables, ouvrant la voie à un écosystème de composants tiers.
Visual Basic 6.0, sorti mi-1998, s'aventure sur le terrain du web. Internet Explorer évolue vers une plateforme de développement à part entière, permettant de créer des applications hybrides mêlant desktop et web. Cette version connaît un succès phénoménal et semble toujours utilisée dans certaines entreprises, malgré l'arrêt officiel du support.
L'arrivée du nouveau millénaire nous apporte Visual Basic .NET en 2002. Microsoft opère une rupture totale avec le passé. Le code géré, la gestion automatique de la mémoire et l'intégration au Framework .NET transforment radicalement la nature du langage. Cette transition brutale déstabilise une partie de la communauté, habituée à la simplicité des versions précédentes.
Visual Basic .NET 2003 consolide cette nouvelle orientation. Le support du .NET Compact Framework ouvre les portes du développement mobile, confidentiel à cette époque. Microsoft propose des outils de migration automatique, mais la transformation est souvent laborieuse.
En 2005, Microsoft simplifie la nomenclature et abandonne le suffixe .NET. Visual Basic 2005 récupère une partie de son identité perdue. La fonctionnalité « Edit and Continue » révolutionne le débogage en autorisant les modifications de code en temps réel. L'espace de noms « My » facilite l'accès aux ressources système, retrouvant l'esprit de simplicité des premières versions.
Les versions suivantes accompagnent l'évolution du Framework .NET : 2008 exploite la version 3.5, 2010 s'appuie sur la 4.0, 2012 utilise la 4.5. Chaque itération apporte son lot d'améliorations techniques, mais l'essence du langage reste fidèle à sa mission initiale : démocratiser le développement logiciel.
La programmation événementielle constitue l'âme de Visual Basic. À l'inverse des programmes traditionnels qui suivent un cheminement linéaire du début à la fin, les applications Visual Basic vivent au rythme des interactions utilisateur. Un clic sur un bouton déclenche une procédure, une frappe au clavier active une autre fonction. Cette approche réactive transforme la logique de la programmation.
Cette philosophie événementielle reflète l'évolution de l'informatique personnelle. Les ordinateurs des années 1990 sont de plus en plus interactifs, et les utilisateurs attendent des interfaces réactives et intuitives. Visual Basic répond parfaitement à cette attente en proposant un modèle de développement aligné sur cette nouvelle réalité.
L'adoption massive de Visual Basic témoigne de sa pertinence : à la fin des années 1990, neuf applications Windows sur dix sortent de cet environnement. Cette domination s'explique par l'explosion du marché informatique, la standardisation de Windows et surtout l'accessibilité du langage.
Visual Basic a métamorphosé le paysage du développement logiciel en rendant la création d'applications Windows accessible à un public bien plus large que les seuls informaticiens chevronnés. Des comptables créent leurs propres outils de gestion, des ingénieurs développent des applications de calcul, des enseignants programment des logiciels éducatifs. Cette démocratisation redistribue les cartes de l'industrie logicielle.