ANNÉES 1990

Yahoo!

En 1994, deux étudiants en génie électrique de Stanford, David Filo et Jerry Yang, commencent à compiler une liste de sites web qu'ils apprécient. Leur petit projet personnel, qu'ils baptisent d'abord « Jerry and David's Guide to the World Wide Web », répond à un besoin simple : s'y retrouver dans un Web débutant. Le nom Yahoo! leur vient ensuite à l'esprit, acronyme de « Yet Another Hierarchical Officious Oracle », formule qui traduit bien l'humour et la décontraction des deux fondateurs.

Le bouche-à-oreille fait le reste. En avril de la même année, l'annuaire recense une centaine de sites et attire un millier de visiteurs par semaine. Cinq mois plus tard, les chiffres s'emballent : 2 000 sites référencés, 50 000 consultations par jour. Netscape, qui vient de lancer son navigateur, décide d'afficher un lien vers Yahoo! sur sa page d'accueil, et le trafic explose.

Les serveurs de Stanford ne suivent plus. Marc Andreessen, de Netscape, propose d'héberger gratuitement le service. En mars 1995, Yahoo! se constitue en société et reçoit un million de dollars de Sequoia Capital. Les deux étudiants quittent l'université, s'installent dans des bureaux à Mountain View et recrutent leurs premiers employés.

La publicité en ligne démarre en août 1995. General Motors et Visa figurent parmi les premiers annonceurs. Yahoo! expérimente le ciblage publicitaire selon les centres d'intérêt des internautes, une démarche neuve pour l'époque. Le site s'enrichit parallèlement d'actualités, de météo, de cours boursiers et d'autres contenus gratuits.

L'introduction en bourse d'avril 1996 tourne à l'euphorie. L'action augmente de 154% le premier jour, valorisant l'entreprise à 848 millions de dollars. Une performance qui surpasse celle de Netscape quelques mois auparavant. Yahoo! utilise ces fonds pour se déployer à l'international, d'abord au Japon avec Softbank.

Les acquisitions s'enchaînent : Four11 pour la messagerie électronique, GeoCities pour l'hébergement de pages personnelles, Broadcast.com pour le multimédia. Le groupe diversifie son offre tout en gardant sa ligne directrice : un portail web généraliste et gratuit. La bulle Internet le propulse à des sommets, sa capitalisation dépassant 125 milliards de dollars en 2000. Puis la bulle éclate, les revenus publicitaires s'effondrent. Surtout, Yahoo! peine à s'adapter. Google s'impose grâce à son algorithme PageRank. Facebook redéfinit les interactions sociales. Les tentatives de redressement, notamment sous la direction de Marissa Mayer entre 2012 et 2017, n'inversent pas la tendance.

Verizon rachète les activités Internet de Yahoo! en 2017 pour 4,5 milliards de dollars, une fraction de sa valeur passée. Yahoo! demeure pourtant un cas d'école des premiers temps du Web commercial. L'entreprise a rendu Internet accessible au grand public avec un portail simple. Elle a établi des modèles économiques viables, notamment via la publicité ciblée.

Les erreurs stratégiques parlent d'elles-mêmes. Yahoo! a sous-traité sa recherche web à Google et Microsoft par la suite, renonçant à investir massivement dans ce domaine. La culture d'innovation s'est étiolée, laissant place à une bureaucratie peu réactive. Les acquisitions coûteuses se sont souvent soldées par des échecs d'intégration.

Quelques marques Yahoo! survivent chez Verizon. Yahoo! Finance a toujours une audience notable. L'histoire de cette entreprise montre bien la vitesse à laquelle les positions dominantes s'effritent dans la technologie. Elle souligne l'impératif d'innovation continue et d'adaptation aux usages. Le parcours de Yahoo! incarne les promesses et les écueils du Web commercial, les difficultés à bâtir des entreprises technologiques durables.

Yahoo! est lié à l'histoire d'Internet. En démocratisant le Web dans les années 1990, l'entreprise a participé à la diffusion de cette technologie. Son modèle de portail gratuit financé par la publicité a inspiré de nombreux services, même si Yahoo! n'a pas conservé sa domination.