Android
En 2003, Andy Rubin fonde Android Inc. à Palo Alto, avec l'ambition de créer un système d'exploitation pour appareils mobiles. Ce nom lui va bien : chez Apple puis chez MSN, ses collègues l'avaient surnommé « Android » à cause de sa passion pour la robotique. Quelques années plus tôt, il avait déjà monté Danger Inc., la société qui donna naissance au Danger Hiptop, ce téléphone que T-Mobile commercialisa sous le nom de Sidekick en 2002.
Au départ, l'équipe d'Android Inc. mise sur les appareils photo numériques. Mais ce marché s'effondre tandis que les téléphones mobiles prennent leur essor. Rubin et ses cofondateurs Rich Miner, Nick Sears et Chris White décident alors de pivoter vers un système d'exploitation mobile bâti sur le noyau Linux. L'argent manque terriblement. Steve Perlman, un ami investisseur, doit même apporter 10 000 dollars en liquide pour éviter la faillite.
Google rachète Android Inc. en 2005 pour 50 millions de dollars. Larry Page et Sergey Brin voient loin : ils veulent étendre leur empire au-delà de la recherche sur ordinateur. Le 11 juillet 2005, toute l'équipe d'Android rejoint les bureaux de Mountain View.
À cette époque, le paysage mobile appartient à d'autres. Symbian de Nokia écrase tout avec 63,5% du marché mondial en 2007. Windows Mobile de Microsoft grappille 12%, BlackBerry de RIM se taille 9,6%. Et Apple débarque en janvier 2007 avec l'iPhone, redéfinissant ce qu'est un smartphone. Face à ces géants, Google choisit une voie différente : proposer un système ouvert et gratuit.
L'Open Handset Alliance naît en 2007. Ce consortium rassemble 34 entreprises, des fabricants de téléphones aux opérateurs en passant par diverses sociétés technologiques. Leur mission est de développer des standards ouverts pour les appareils mobiles. Android est le système de référence de cette alliance, distribué en open source sous licence Apache.
La première version publique sort en 2008. L'architecture repose sur le noyau Linux, qui gère le matériel. Au-dessus tourne Dalvik, une machine virtuelle spécialement conçue par Google pour optimiser l'exécution sur mobile. Chaque application fonctionne dans sa propre instance de cette machine virtuelle, plusieurs programmes peuvent donc s'exécuter simultanément.
Les versions se succèdent, baptisées de noms de desserts. Cupcake (1.5) arrive en 2009 avec les widgets et la navigation GPS. Donut (1.6) améliore la recherche et accepte différentes résolutions d'écran. Éclair (2.0-2.1) gère différents comptes e-mail et peaufine l'interface.
Froyo (2.2) en 2010 accélère les performances et renforce la sécurité. Gingerbread (2.3) intègre le NFC et économise mieux la batterie. Honeycomb (3.0) en 2011 adapte Android aux tablettes. Ice Cream Sandwich (4.0) unifie l'expérience entre smartphones et tablettes, avec des nouveautés comme le déverrouillage facial.
Jelly Bean (4.1-4.3) en 2012 rend l'interface plus fluide grâce au « Project Butter ». KitKat (4.4) allège le système pour qu'il tourne sur des machines modestes. Lollipop (5.0) en 2014 introduit le « Material Design », nouvelle esthétique voulue par Google. Marshmallow (6.0) repense les permissions des applications et prolonge l'autonomie.
Le modèle économique tranche avec celui des concurrents. Google offre le système aux fabricants, se rémunérant via la publicité et les services comme le Play Store. Apple garde son écosystème fermé, Microsoft facture des licences : Android prend une troisième voie.
L'adoption explose. En 2010, plus de 100 millions d'appareils tournent sous Android. En 2021, on en compte 3 milliards dans le monde. Cette domination attire l'attention des autorités de la concurrence. La Commission européenne inflige 4,34 milliards d'euros d'amende à Google en 2018 pour abus de position dominante.
Le système déborde vite de son cadre initial. Il équipe des tablettes, des montres connectées, des télévisions, des voitures. Android Wear s'occupe des objets connectés, Android Auto de l'automobile, faisant de ce système une plateforme universelle pour l'informatique mobile.
L'architecture technique évolue avec les besoins. ART remplace progressivement Dalvik pour améliorer les performances et l'efficacité énergétique. Le système intègre reconnaissance faciale, paiement sans contact, réalité augmentée. La sécurité se renforce continuellement : chiffrement des données, isolation des applications dans des sandbox, mises à jour mensuelles. Le modèle de permissions plus transparent donne à l'utilisateur un contrôle accru.
Android a transformé l'industrie mobile. Le système démocratise l'accès aux smartphones en permettant aux constructeurs de proposer des appareils à tous les prix. Il stimule l'innovation grâce à une plateforme ouverte aux développeurs. Son modèle open source inspire d'autres projets et influence l'évolution des systèmes mobiles.
Cette réussite tient à un équilibre : la puissance du noyau Linux, l'efficacité d'une machine virtuelle pensée pour le mobile, une interface intuitive. Android satisfait les constructeurs, les développeurs et les utilisateurs, tout en s'adaptant aux mutations technologiques et aux nouveaux usages.