ChromeOS
Google lance en 2009 le développement d'un système d'exploitation qui rompt avec les conventions établies : ChromeOS, pensé pour ne fonctionner qu'avec des applications web. Le contexte explique cette audace. Les netbooks, ces petits ordinateurs portables bon marché tournés vers Internet, séduisent de plus en plus d'utilisateurs. L'entreprise choisit une méthode inhabituelle pour comprendre leurs besoins : plutôt que de commander des études classiques, les ingénieurs distribuent 200 machines ChromeOS aux employés de Google. Matthew Papakipos, qui dirige techniquement le projet, installe trois appareils chez lui. Il observe que les sessions sont brèves : une recherche rapide, un court message envoyé, puis l'appareil est refermé.
Le 7 juillet 2009, Google annonce officiellement ChromeOS. En novembre, le code source est accessible sous le nom de Chromium OS. Cette dualité perdure : ChromeOS désigne le produit commercial distribué uniquement sur du matériel spécifique via des partenaires, tandis que Chromium OS reste le projet open source que tout développeur peut compiler et modifier. L'interface épurée s'inspire du navigateur Chrome, reflétant la vocation première du système : accéder au web, vite et simplement.
Le 19 novembre 2009, Sundar Pichai, vice-président de Google supervisant Chrome, présente une version préliminaire lors d'une conférence de presse. La démonstration montre un bureau qui ressemble au navigateur Chrome, enrichi d'onglets d'applications occupant moins de place et pouvant être épinglés pour y accéder plus facilement. Le temps de démarrage atteint alors sept secondes. Les équipes s'attèlent à le réduire encore. Chris Kenyon, vice-président des services OEM chez Canonical, qui édite Ubuntu, annonce une contribution technique sous contrat. Google veut s'appuyer sur les composants existants de la communauté open source plutôt que tout réinventer.
Une interface adaptée aux tablettes tactiles est présentée en janvier 2010. Le design intègre un clavier virtuel et des icônes plus grandes, placées au-dessus des onglets. En mars 2010, Google envisage deux versions : une édition grand public et une version entreprise.
Le prototype Cr-48 est dévoilé en décembre 2010. Cette machine de test, produite à 60 000 exemplaires, introduit une innovation curieuse : la touche « Verrouillage majuscule » disparaît au profit d'une touche de recherche dédiée. Les critiques s'élèvent contre les limitations en mode hors-ligne. Google réagit en démontrant une version d'applications fonctionnant sans connexion, comme Google Docs, et annonce un forfait 3G incluant 100 Mo de données gratuites mensuelles via Verizon.
L'architecture de ChromeOS se déploie sur trois niveaux : le micrologiciel, le navigateur avec son gestionnaire de fenêtres, et les services système. Le micrologiciel accélère le démarrage en évitant la détection de périphériques obsolètes. La sécurité constitue une préoccupation constante, avec une vérification de chaque étape du processus de démarrage et des capacités de restauration intégrées.
La gestion de l'impression illustre l'approche de Google. Le service Google Cloud Print autorise l'impression depuis n'importe quel appareil sur n'importe quelle imprimante, échappant à la complexité habituelle des pilotes d'impression. Le système intègre un lecteur multimédia capable de lire les fichiers MP3 et JPEG hors connexion.
Les premiers utilisateurs du Cr-48 livrent des retours contrastés. Kurt Bakke de Conceivably Tech souligne son adoption rapide comme appareil familial pour les recherches rapides et la consultation des réseaux sociaux. Mais les performances avec Flash déçoivent, et l'absence de fonctionnalités hors-ligne suscite des critiques.
L'intégration matérielle s'effectue via des partenariats avec Acer, Adobe, Asus, Intel, Samsung et Dell. En juillet 2010, Eric Schmidt, PDG de Google, écarte l'idée d'un netbook ChromeOS de marque Google. Il préfère s'appuyer sur l'expérience des constructeurs PC habitués à travailler avec Microsoft.
Le modèle économique de ChromeOS se distingue des systèmes traditionnels. Schmidt reconnaît que la compatibilité logicielle sera plus limitée que Windows, mais la gratuité de la licence autorise les constructeurs à proposer des appareils compétitifs, entre 300 et 400 dollars. Glyn Moody du Linux Journal anticipe même une distribution gratuite du matériel pour développer le modèle publicitaire de Google.
L'adoption de ChromeOS s'accélère à partir de 2015, notamment dans les écoles américaines. IDC rapporte 4,6 millions de Chromebooks vendus en 2014, soit deux fois plus qu'en 2013. Gartner table sur 14,4 millions d'unités en 2017. L'intégration progressive des applications Android et la possibilité d'exécuter des applications Windows via des solutions de virtualisation étendent les capacités du système.
Les performances des Chromebooks basés sur les processeurs Intel démontrent l'importance de l'optimisation matérielle. Les tests comparatifs révèlent des gains de 50% et une autonomie supérieure de 58% par rapport aux solutions ARM concurrentes. Ces résultats témoignent de l'investissement continu des ingénieurs pour améliorer l'efficacité du système.
ChromeOS propose une approche centrée sur le web qui utilise le cloud computing. Sa simplicité, sa sécurité et son modèle de mise à jour automatique influencent aujourd'hui la conception des systèmes d'exploitation modernes. Ce système d'exploitation est loin d'avoir remplacé les systèmes en place, mais il a tracé une voie différente, prouvant qu'une alternative légère et connectée pouvait trouver sa place dans un marché dominé par des géants établis.