Association for Computing Machinery
En 1947, un petit groupe de pionniers, comprenant E. C. Berkeley, R. V. D. Campbell, J. H. Curtiss, H. E. Goheen, J. W. Mauchly, T. K. Sharpless, R. Taylor et C. B. Tompkins, décide de créer une organisation informelle rassemblant les personnes intéressées par les nouvelles machines de calcul et de raisonnement. Le 25 juin 1947, ils diffusent une note proposant la création d'une Eastern Association for Computing Machinery.
Le 15 septembre 1947, l'université Columbia accueille ces 78 pionniers. Curtiss prend la présidence, Mauchly la vice-présidence, et Berkeley, cheville ouvrière du groupe, assume le secrétariat. L'ambition grandit vite. Dès janvier 1948, le qualificatif Eastern disparaît au profit d'une vision nationale.
L'organisation prend forme autour de quatre pôles géographiques : Boston, New York, Philadelphie et Washington. La structure s'articule selon deux niveaux d'échanges : les rencontres locales et nationales. Les sections, d'abord pensées comme des foyers d'activité restreints, s'étendent rapidement. Les chapters véritablement locaux n'apparaîtront que plus tard.
Les années 1950 voient l'ouverture vers d'autres communautés scientifiques. L'ACM tisse des liens avec l'American Institute of Electrical Engineers et l'Institute of Radio Engineers. Ces collaborations donnent naissance, en 1961, à l'American Federation of Information Processing Societies, porte-voix des États-Unis dans le concert international. La croissance rapide bouscule le fonctionnement artisanal des débuts. En 1953, l'évidence s'impose : un secrétaire bénévole ne suffit plus. L'Académie des Sciences de New York prête main-forte pour fournir le personnel et les installations nécessaires, avant que l'association n'établisse son propre quartier général à New York.
Le rayonnement intellectuel se construit par les publications. Le Journal of the ACM voit le jour en 1954, suivi du Communications of the ACM. Ces revues sculptent le paysage académique, fixent des standards d'excellence et structurent un champ disciplinaire en pleine définition.
Avec les années 1960 surgissent les Special Interest Groups, véritables communautés dans la communauté. Ces groupes spécialisés deviennent des laboratoires d'idées, organisent leurs propres rendez-vous scientifiques, diffusent leurs bulletins et font éclore des sous-disciplines fécondes.
L'ACM s'attaque alors au besoin de la formation à cette science nouvelle. En 1968, sous l'égide de William F. Atchison, le comité des programmes d'études publie ses recommandations, texte fondateur pour l'enseignement informatique.
Les honneurs viennent consacrer les grands bâtisseurs de cette science. Le prix Turing, créé en 1966, s'impose comme la distinction suprême. Alan J. Perlis l'inaugure, avant Wilkes, McCarthy et tant d'autres figures majeures. Par la suite, d'autres récompenses suivent : le Distinguished Service Award (1976) et le prix Grace Murray Hopper (1971).
Face à la multiplication des formations et soucieuse de contribuer aux questions sociales, l'ACM crée un comité d'accréditation en 1968. Elle élabore un code d'éthique et met sur pied un système de médiation pour les problèmes liés à l'informatisation de la société.
La décennie 1970 voit fleurir de nouveaux services comme les cycles de conférences nationales, les formations professionnelles continues, ou le centre de documentation au siège. L'association répond ainsi aux attentes d'une communauté qui s'étoffe jour après jour.
Dès les années 1960, l'ACM se préoccupe de la préservation de l'histoire de l'informatique. Grace Hopper et Robert Bemer initient une campagne pour préserver les documents historiques de l'informatique. Ces efforts aboutissent à la création d'archives de l'ACM, d'abord hébergées à l'École Moore d'ingénierie électrique de l'Université de Pennsylvanie.
Au fil du temps, l'ACM se mue en une référence mondiale. Son arsenal de publications s'étoffe : des dizaines de revues spécialisées, des milliers d'actes de conférences, une bibliothèque numérique riche de plus de 430 000 articles. Chaque année, plus de 275 événements rassemblent ses 118 000 membres venus de plus de cent pays. La bibliothèque numérique est un trésor accessible, regroupant l'intégralité des publications depuis 1951. Des outils d'analyse bibliométrique, des profils d'auteurs et d'institutions, des statistiques d'usage enrichissent cette mine d'or scientifique.
Durant trois quarts de siècle, l'ACM a façonné l'informatique comme discipline et comme métier. Par ses publications, ses conférences, ses formations et ses distinctions, elle est une boussole dans le monde numérique.