HP-UX
C'est au début des années 1980 que Hewlett-Packard décide de se lancer dans l'aventure UNIX. Le marché bouillonne alors d'activité, les constructeurs rivalisent d'ingéniosité pour proposer leur propre variante du système. En 1984, HP sort la première mouture de HP-UX, un UNIX System V retravaillé qui tourne exclusivement sur les serveurs HP 9000 des séries 200, 300 et 400. Ces machines embarquent le processeur Motorola 68000, déjà éprouvé dans d'autres contextes.
HP ne se contente pas d'une simple adaptation d'UNIX. Les ingénieurs introduisent d'emblée les listes de contrôle d'accès, une approche plus fine que le traditionnel système de permissions UNIX. Un gestionnaire de volumes logiques fait aussi partie de l'équipement de base, simplifiant la vie des administrateurs confrontés aux problèmes de stockage. Ces ajouts ne relèvent pas du gadget : ils répondent aux besoins concrets des utilisateurs professionnels.
L'évolution suit le rythme du matériel HP. La version 5.0 de 1985 s'étend à l'Integral PC, puis aux séries 200/300 et 500. HP commence à unifier son approche, cherchant une cohérence entre ses différentes gammes. Cette stratégie porte ses fruits quand arrive l'architecture PA-RISC vers la fin de la décennie.
PA-RISC, ces processeurs RISC développés en interne par HP, vont orienter durablement l'évolution technique du système. En 1988, HP jongle avec deux lignes de développement : les versions 3.x pour les séries 600/800 et 6.x pour la série 300. Cette situation reflète la transition délicate entre les anciennes architectures et la nouvelle génération PA-RISC.
L'unification se concrétise en 1990 avec HP-UX 7.x, qui couvre les séries 300/400 et 600/700/800. Les utilisateurs y gagnent en simplicité, les administrateurs en cohérence. Un an plus tard, la version 8.x apporte les bibliothèques partagées, améliorant sensiblement les performances et l'usage de la mémoire. La version 9.x de 1992 enrichit l'arsenal avec le System Administration Manager et le Logical Volume Manager, deux outils qui modernisent l'administration système.
En 1995 sort HP-UX 10.0. Cette version unifie les séries 700 et 800 tout en adoptant la structure de répertoires SVR4, se rapprochant des standards UNIX du moment. L'année suivante, HP-UX 10.20 franchit le cap du 64 bits avec les processeurs PA-RISC 2.0. Une prouesse technique qui ouvre de nouveaux horizons.
HP-UX 11.00 réussit en 1997 un tour de force remarquable : supporter l'adressage 64 bits sans abandonner les applications 32 bits. Cette rétrocompatibilité évite aux entreprises la rupture brutale d'une migration. Trois ans plus tard, HP-UX 11i v1 (11.11) introduit les environnements d'exploitation, personnalisant le système selon les besoins spécifiques de chaque type d'usage.
L'architecture connaît un nouveau bouleversement en 2001 avec HP-UX 11i v1.5 (11.20), qui intègre le support Itanium d'Intel. Cette décision stratégique accompagne la transition progressive de PA-RISC vers les processeurs Intel. HP-UX 11i v2 (11.23) de 2003 renforce la virtualisation, tandis que la version 11i v3 (11.31) de 2007 ajoute le multipathing natif et peaufine encore les capacités virtuelles.
Au fil des versions, HP-UX se taille une solide réputation dans les services informatiques, l'édition logicielle et la finance. Le système de fichiers VxFS et le gestionnaire LVM sont des références incontournables. Les administrateurs système apprécient leur souplesse et leur efficacité pour gérer le stockage, surtout dans les environnements complexes.
Point fort constant, HP intègre progressivement la sécurité et la détection d'intrusion directement dans le noyau, développe le partitionnement sécurisé et met en place le contrôle d'accès par rôles. Ces éléments hissent HP-UX parmi les UNIX les plus sûrs du marché, un atout décisif pour les applications sensibles.
La virtualisation occupe une place croissante dans l'évolution du système. Les nPartitions arrivent d'abord, suivies des vPars (Virtual Partitions), et enfin des Integrity Virtual Machines. Ces technologies permettent aux entreprises d'optimiser leurs ressources matérielles et de consolider leurs serveurs. Le passage de PA-RISC à Itanium demande un effort technique considérable, mais HP préserve habilement la compatibilité applicative.
Le clustering avec HP Serviceguard, l'amélioration continue des outils d'administration maintiennent HP-UX dans la course face aux exigences changeantes des organisations. Mais Linux gagne du terrain et le cloud computing modifie les règles du jeu. La position de HP-UX sur le marché se trouve progressivement remise en question.
En 2017, HP annonce sa feuille de route jusqu'en 2025, rassurant sa base d'utilisateurs fidèles. Cette annonce répond aux inquiétudes des entreprises qui s'appuient sur HP-UX pour leurs opérations critiques. Le vieillissement du matériel compatible pose toutefois problème : les serveurs HP 9000 et Integrity sont difficiles à maintenir, les pièces détachées se raréfient.
Face à cela, de nouvelles approches émergent. L'émulation matérielle, notamment avec Charon-PAR de Stromasys, offre une alternative intéressante. Les entreprises peuvent continuer à faire tourner leurs applications HP-UX sur du matériel x86 moderne ou dans le cloud, échappant ainsi aux contraintes du matériel propriétaire vieillissant.
L'histoire de HP-UX témoigne d'une adaptation constante aux besoins des entreprises. Ses innovations en gestion des volumes logiques, sécurité et virtualisation ont inspiré l'évolution des systèmes d'exploitation professionnels. Sa réputation de fiabilité et de robustesse en a fait l'outil de choix pour de nombreuses applications critiques, de la finance à la santé en passant par l'industrie.