IBM AIX
Pendant les années 1970, UNIX se répand dans les universités, mais sans version commerciale standardisée. Chaque installation demandait d’adapter le code source au matériel local. Cette contrainte technique pousse à la création de multiples variantes, chacune reflétant les spécificités de son environnement.
IBM s’intéresse au phénomène UNIX et lance AIX (Advanced Interactive eXecutive) en 1986, développé avec l’aide d’Interactive Systems Corporation. Le nom provient d’ailleurs d’ISC, qui avait déjà créé le système PC-IX pour les ordinateurs personnels d’IBM.
IBM jonglait alors avec deux architectures Power distinctes. D’un côté, OS/400 équipait une gamme de machines, de l’autre, AIX prenait ses quartiers sur la station de travail IBM 6150 RT en 1986. L’AS/400 suivait l’année d’après avec OS/400.
La véritable montée en puissance d’AIX arrive en 1990 avec la Version 3, rebaptisée AIX/6000. Elle accompagne la plateforme RS/6000 qui enterre définitivement l’IBM RT. Cette génération RS/6000 inaugure l’ère des microprocesseurs POWER et PowerPC chez IBM. AIX trouve enfin sa machine de prédilection.
1994 marque une étape technique importante avec AIX 4, qui introduit le multitraitement symétrique sur les premiers serveurs RS/6000 SMP. Le système mûrit jusqu’à la version 4.3.3 en 1999, pendant qu’IBM repense sa stratégie produits.
L’an 2000 bouleverse l’organisation d’IBM. La société unifie ses gammes de serveurs sous la bannière eServer : AS/400 se renomme iSeries, RS/6000 se transforme en pSeries. Au-delà du marketing, cette restructuration cache une réalité technique. L’arrivée du processeur POWER4 en 2001-2002 rapproche les plateformes matérielles. Les différences entre systèmes « p » et « i » se limitent désormais aux couches logicielles.
POWER5 franchit un pas supplémentaire en 2004 en rendant le System i5 570 rigoureusement identique au System p5 570. AIX 5.3 débarque en août, tirant parti de cette standardisation. POWER6 suit en mai 2007, accompagné d’AIX 6.1 en novembre. IBM pousse la logique jusqu’au bout en avril 2008 en fusionnant ses deux lignes sous l’appellation Power Systems. Un seul matériel, trois choix de système : IBM i, AIX ou Linux.
Les années 2010 s’enchaînent à un rythme soutenu. POWER7 arrive en février 2010, AIX 7.1 en septembre. POWER7+ débarque en août 2012, puis POWER8 en juin 2014. Ce dernier processeur rompt avec les habitudes : chaque cœur gère huit threads matériels en parallèle, une architecture massivement multithreadée qui exploite des caches volumineux pour maximiser les débits mémoire et d’entrées-sorties.
AIX 7.2, annoncé en octobre 2015, apporte une fonction remarquable : Live Kernel Update. Les correctifs du noyau s’appliquent désormais sans perturber les applications en cours d’exécution. Cette version nettoie aussi les composants obsolètes et restructure le réseau avec bos.net.tcp.client, mais elle exige impérativement POWER7 ou une génération ultérieure.
POWER9 débarque en 2016 avec sa gravure 14 nm et ses 3,9 GHz de fréquence. Les gains de performance atteignent 50% par rapport à POWER8, et doublent face à POWER7+. Sur AIX 7.2 TL 3, le mode SMT8 s’active automatiquement, exploitant au maximum les capacités du processeur.
Aujourd’hui, AIX équipe les infrastructures les plus critiques. Finance, industrie, distribution, télécommunications, santé, administration et secteur public : partout où la fiabilité ne se négocie pas. Le système a prouvé sa capacité à évoluer avec les nouvelles architectures matérielles sans sacrifier la compatibilité avec l’existant.
Cette longévité technique illustre parfaitement la stratégie d’IBM : faire converger ses gammes de serveurs vers une plateforme unifiée tout en préservant l’investissement logiciel des clients. AIX incarne cette continuité dans l’innovation, héritière d’UNIX mais résolument tournée vers l’avenir de l’informatique d’entreprise.