ANNÉES 1990

Apple Power Macintosh

L'annonce d'une alliance entre Apple, IBM et Motorola en mai 1991 aurait fait sourire n'importe quel observateur de l'industrie informatique. Ces trois entreprises, dont deux étaient des adversaires acharnés sur le marché des ordinateurs personnels, décidaient pourtant de collaborer. IBM incarnait l'ennemi historique d'Apple, celui contre lequel la marque à la pomme s'était construite depuis ses débuts.

Cette union improbable trouvait sa source dans les difficultés croissantes d'Apple avec ses processeurs Motorola 68000. Intel grignotait inexorablement des parts de marché avec ses puces x86, moins élégantes techniquement aux yeux des puristes, mais toujours plus performantes. Motorola ne parvenait plus à tenir la cadence face à son concurrent américain. Les nouveaux Macintosh accusaient un retard préoccupant, et leur compétitivité s'érodait.

Apple devait réagir. L'entreprise se tourna vers l'architecture RISC, acronyme de Reduced Instruction Set Computing. Cette technologie venait d'IBM, qui l'avait expérimentée dès les années 1970 dans son projet 801, mené depuis un bâtiment du même nom à Yorktown Heights, dans l'État de New York. John Cocke dirigeait une équipe qui développait une architecture processeur modulaire, capable d'alimenter aussi bien des ordinateurs personnels que des machines plus imposantes.

Le 3 juillet 1991, Apple et IBM scellaient officiellement leur partenariat. Motorola les rejoignait comme troisième larron. Cette alliance AIM devait accoucher d'une nouvelle génération de processeurs RISC destinés aux futurs Macintosh. IBM et Motorola concevraient les puces ensemble. Apple et IBM collaboreraient sur un système d'exploitation orienté objet. Le PowerPC 601 surgit de cette collaboration. Cette première puce dérivait du processeur RSC d'IBM. Apple voulait des ordinateurs plus véloces que les PC à base d'Intel, sans sacrifier la compétitivité tarifaire. Le Power Macintosh 6100/60 inaugurait la gamme avec ce processeur cadencé à 60 MHz.

L'architecture RISC apportait des bénéfices tangibles. Les processeurs simplifiaient leur jeu d'instructions pour exécuter les programmes plus efficacement. Ils embarquaient 32 registres généraux, contre huit seulement pour les puces Intel x86. Cette richesse réduisait les accès à la mémoire externe et dopait les performances.

La migration vers le PowerPC représentait un casse-tête technique pour Apple. Il fallait préserver la compatibilité avec les applications existantes, écrites pour l'architecture 68000. L'entreprise y parvint grâce à un émulateur logiciel qui permettait aux utilisateurs de continuer à faire tourner leurs programmes habituels sur les nouveaux Power Macintosh, avec une performance acceptable.

Apple rationalisait sa gamme autour de trois modèles : les séries 6100, 7100 et 8100. Cette simplification contrastait avec la prolifération antérieure des références qui compliquait le choix des clients. Les machines se distinguaient par leur fréquence, indiquée après le numéro de série : 60 MHz pour le 6100/60, 66 MHz pour le 7100/66, 80 MHz pour le 8100/80.

Les Power Macintosh proposaient des fonctionnalités avancées : audio stéréo 16 bits, ports série compatibles LocalTalk et GeoPort, connectivité Ethernet intégrée. La mémoire vive grimpait jusqu'à 72 Mo pour le modèle 6100/60, 136 Mo pour le 7100/66, 264 Mo pour le 8100/80. Ces caractéristiques les plaçaient en bonne position face aux PC concurrents.

Un détail curieux mérite l'attention dans cette histoire. Motorola n'a jamais fabriqué le moindre processeur PowerPC 601, malgré sa communication qui laissait croire le contraire. IBM Microelectronics assurait seule la production. Motorola participa néanmoins au développement des générations suivantes comme les 603, 604 et 620.

Cet arrangement satisfaisait tout le monde. IBM pénétrait le marché des ordinateurs personnels avec sa technologie RISC, initialement pensée pour ses stations de travail RS/6000. Apple obtenait des processeurs performants à bon prix. Motorola gardait un pied dans l'écosystème Macintosh, bien qu'elle perdît son statut de fournisseur exclusif.

Les Power Macintosh rencontrèrent un succès commercial notable. Ils donnaient à Apple la possibilité de vendre des machines plus rapides que les PC équivalents dans certaines applications, notamment graphiques. Un Macintosh Quadra équipé d'un processeur 68040 à 40 MHz surclassait déjà un PC avec un 486 à 66 MHz. Les nouveaux Power Macintosh creusaient l'écart.

Cette réussite technique ne bouleversa pas la position d'Apple sur le marché. L'entreprise conservait une part d'environ 10 à 15%, face à la domination écrasante des PC compatibles IBM. Les utilisateurs professionnels, guidés avant tout par des considérations budgétaires, restaient fidèles à la plate-forme Intel/Windows.

L'architecture PowerPC poursuivit son évolution pendant des années. Les processeurs gagnaient en puissance et en sobriété énergétique. Apple l'exploita jusqu'en 2006, avant de basculer vers les processeurs Intel. Cette transition fermait un chapitre technologique singulier, où des concurrents historiques s'étaient associés pour créer une alternative aux architectures établies.