DVD
En 1994, l’industrie cherche un successeur au CD-ROM. Les besoins de stockage augmentent, la vidéo numérique progresse, et le CD montre ses limites. Deux camps se forment autour de technologies concurrentes : le Super Disc d’un côté, le Multimedia CD de l’autre. Personne ne veut revivre la même guerre fratricide qui avait laissé des traces dans les années 1980 entre VHS contre Betamax. Les industriels finissent par s’entendre sur une norme commune.
Cette convergence réunit des acteurs que tout aurait pu séparer : fabricants d’électronique grand public japonais, studios hollywoodiens, géants de l’informatique américains. Ils créent ensemble un disque aux dimensions du CD mais capable de stocker sept fois plus de données. Les Japonais découvrent les premiers lecteurs en novembre 1996. Les Américains doivent patienter jusqu’en août 1997.
Le DVD repose sur une astuce technique simple mais efficace. Là où le CD empile 1,2 mm de polycarbonate en une seule couche, le DVD superpose deux substrats de 0,6 mm. Cette architecture autorise l’usage d’un laser à longueur d’onde réduite : 650 ou 635 nanomètres contre 780 pour le CD. Les pistes se resserrent, les alvéoles rapetissent. Un DVD simple couche contient 4,7 Go. La double couche atteint 8,5 Go par face. Un disque double face stocke 17 Go en théorie, mais ce format reste marginal.
Hollywood adopte le DVD avec enthousiasme. La compression MPEG-2 fait tenir un long métrage de deux heures sur une seule couche, avec une image qui surpasse celle des cassettes VHS et des LaserDisc. Les studios apprécient les menus interactifs, les pistes audio multiples et les bonus. Le spectateur choisit sa langue, active les sous-titres, découvre des scènes coupées. Ce n’est plus un simple film qu’on regarde : c’est une expérience qu’on explore.
Les fabricants tirent les leçons du passé. Tout lecteur DVD est capable de lire les CD existants. Cette rétrocompatibilité rassure les consommateurs qui gardent leurs collections de CD audio et leurs CD-ROM de jeux. La transition se fait sans douleur, sans obligation de tout racheter. Microsoft intègre le support DVD dans Windows 98, normalisant son usage dans l’univers PC.
L’informatique trouve son compte dans cette histoire. Les lecteurs DVD-ROM remplacent progressivement leurs prédécesseurs dans les tours d’ordinateurs. Les développeurs de jeux vidéo et de logiciels multimédia disposent soudain d’espaces généreux pour leurs créations. Myst et Riven avaient dû se contenter de plusieurs CD ; leurs successeurs tiendront sur un seul DVD.
Le marché se complique avec l’arrivée des formats enregistrables. Le DVD-R débarque en 1997 pour une écriture unique. Puis viennent DVD-RAM, DVD-RW, DVD+RW, chacun avec ses partisans et ses spécificités techniques. Cette profusion crée de la confusion mais stimule aussi l’innovation et tire les prix vers le bas. Les consommateurs s’y perdent parfois, mais les graveurs multistandards finissent par s’imposer.
La question de la protection des contenus obsède les studios. IBM et Disney collaborent pour mettre au point le Content Scrambling System, un cryptage censé empêcher les copies pirates. Le système CSS ne bouleverse pas les performances de lecture mais donne aux producteurs de films la garantie qu’ils réclament. Sans cette protection, nombre d’entre eux auraient sans doute rechigné à adopter le format.
Les chiffres de vente parlent d’eux-mêmes. Entre 1997 et 2002, plus de 27 millions de lecteurs trouvent acquéreur aux États-Unis. Le prix d’entrée fond comme neige au soleil : plus de 1 000 dollars en 1997, moins de 200 en 2001. Cette démocratisation foudroyante signe l’arrêt de mort du VHS. Les vidéoclubs transforment leurs rayonnages, les particuliers renouvellent leurs équipements.
Le DVD tente quelques escapades hors de son territoire naturel. Le DVD Audio, au succès mitigé, veut détrôner le CD avec une qualité sonore supérieure et des fonctions multimédia. Le DVDPlus, appelé aussi DualDisc, propose une face DVD et une face CD sur le même disque. Ces variations enrichissent l’écosystème sans vraiment s’imposer, le DVD étant avant tout associé à la vidéo domestique.
Au-delà du divertissement, le format trouve sa place dans l’éducation et la formation professionnelle. Sa capacité à combiner vidéo haute qualité, son multicanal et interactivité en fait un outil pédagogique apprécié. Les bibliothèques l’utilisent pour numériser et diffuser leurs fonds audiovisuels. Les entreprises distribuent leurs catalogues produits sur DVD interactifs.
Dès le début des années 2000, les laboratoires explorent l’avenir. Le DVD holographique promet 100 Go par disque. Ces recherches préparent l’arrivée du Blu-ray et de la haute définition. Le DVD a accompli sa mission : démocratiser la vidéo numérique, standardiser les pratiques, préparer le terrain pour les générations suivantes.