ANNÉES 1980

OS/2

En 1987, IBM et Microsoft scellent une alliance improbable pour créer OS/2, le système d'exploitation qui devait équiper les nouveaux ordinateurs IBM PS/2. Cette collaboration entre deux mastodontes partait d'un constat simple : le DOS montrait ses limites face aux processeurs Intel 80286. Il fallait faire mieux, faire plus moderne. L'idée séduisante sur le papier cachait déjà des tensions latentes entre deux visions diamétralement opposées de l'avenir informatique.

OS/2 apportait ce qui manquait aux utilisateurs de l'époque : une interface graphique digne de ce nom et des fonctionnalités jusque-là réservées aux gros systèmes. Il partageait certains traits avec Windows, UNIX ou Xenix, mais ses ambitions dépassaient celles de ses concurrents. Cette première mouture ne laissait rien présager du divorce retentissant qui allait secouer l'industrie.

Car les deux partenaires regardaient dans des directions opposées. Microsoft lorgnait vers Windows, qu'elle considérait comme l'avenir. IBM voulait poursuivre sur OS/2. Cette opposition grandissante a fini par exploser en 1992, provoquant ce que les observateurs ont appelé un « divorce ». Microsoft est repartie avec ses billes et une partie du code, qu'elle a recyclé dans Windows NT et Windows 95. IBM s'est retrouvée seule avec son système sur les bras.

Pour rebondir, IBM s'est tournée vers Commodore Business Machines et a puisé son inspiration dans AmigaOS. La version 2.0 d'OS/2, lancée en mars 1992, a introduit le Workplace Shell, une transformation dans l'interface utilisateur. Cette innovation marquait l'entrée de la programmation orientée objet dans l'univers grand public des systèmes d'exploitation. Une première qui ne passait pas inaperçue.

Le Workplace Shell bousculait les habitudes. Glisser-déposer des icônes dans des dossiers, accéder aux menus par clic droit, déclencher une impression en déplaçant simplement une icône : autant de gestes qui changeaient alors l'interaction homme-machine. Le hic venait des limitations matérielles, car les ordinateurs manquaient de mémoire vive, contraignant les utilisateurs à des mises à niveau coûteuses pour exploiter pleinement ces nouveautés.

1994 voit naître OS/2 Warp, la version qui marquera l'apogée du système. Cette mouture séduisait par sa simplicité d'usage et son architecture 32 bits, tout en gardant la compatibilité DOS. Un atout technique non négligeable face aux Windows de l'époque, englués dans leur base DOS 16 bits. Pourtant, malgré ces qualités indéniables, OS/2 n'arrivait pas à percer sur le marché grand public.

Le système a trouvé refuge dans des créneaux spécialisés, particulièrement les guichets automatiques bancaires où sa stabilité et sa fiabilité faisaient merveille. Microsoft, de son côté, déployait une stratégie commerciale agressive pour imposer Windows, reléguant OS/2 dans ces niches techniques. Une situation frustrante pour IBM, qui voyait son système cantonné à des usages spécialisés.

IBM finit par jeter l'éponge en 2005, arrêtant la production d'OS/2, suivi de son support en 2006. Les inconditionnels du système ont réclamé sa libération sous licence libre, mais cette démarche s'est heurtée aux droits de propriété intellectuelle de Microsoft sur certaines parties du code.

L'histoire d'OS/2 ne s'arrête pas là. En 2001, Serenity Systems obtient une licence d'IBM et commercialise le système sous le nom d'eComStation. Plus tard, en 2015, Arca Noae récupère le flambeau avec ArcaOS.

OS/2 a introduit des innovations qui font partie de notre quotidien numérique. Sa conception rigoureuse et sa recherche de stabilité ont établi de nouvelles références. Pourtant, son échec commercial rappelle que les qualités techniques ne suffisent pas : stratégies commerciales, alliances industrielles et capacité à fédérer un écosystème déterminent largement le succès d'une technologie.