IBM PS/1
L'histoire du PS/1 commence en 1987, quand IBM observe avec inquiétude la montée des clones PC. Ces machines compatibles grignotent ses parts de marché, vendues bien moins cher que les ordinateurs de Big Blue. Les particuliers et les petites entreprises se détournent d'IBM, plus sensibles au prix qu'au prestige de la marque.
IBM n'ignorait pas ce segment. Trois ans plus tôt, l'entreprise avait tenté le coup avec le PCjr, un ordinateur censé séduire les foyers américains. Cette machine proposait des innovations intéressantes : des cartouches pour les jeux, une sortie télévision et un clavier sans fil baptisé « Freeboard ». Mais le PCjr s'écrasait lamentablement en 1985, laissant IBM les mains vides sur le marché grand public.
Entre-temps, la société mise tout sur sa gamme PS/2, destinée aux entreprises. Ces ordinateurs rivalisent en performances avec la concurrence, offrent de nombreuses possibilités d'extension, mais leur tarif les rend inaccessibles aux particuliers. Avec plus de vingt modèles au catalogue, l'offre est illisible pour qui cherche simplement un ordinateur familial.
En 1990, IBM lance le Personal System/1. Cette fois, l'approche change du tout au tout. Les premiers modèles adoptent un design tout-en-un audacieux : l'écran couleur et l'unité centrale forment un ensemble compact, reliés par d'épais câbles. L'alimentation électrique loge dans le moniteur, créant une dépendance totale entre les deux éléments. Cette configuration évoque les Macintosh compacts d'Apple, à ceci près qu'Apple intégrait tout dans un seul boîtier.
Les versions suivantes abandonneront ce parti pris esthétique pour revenir à des éléments séparés, annonçant la future ligne Aptiva. Le PS/1 fonctionne sous PC-DOS, la version IBM du système MS-DOS. Pour simplifier la vie des utilisateurs novices, IBM développe une interface graphique surnommée « 4-quad ». Windows ou OS/2 restent techniquement installables, mais IBM déconseille leur usage à cause des problèmes de performances et de stabilité que cela engendre.
Une particularité technique distingue ces premières machines : contrairement aux installations habituelles sur disque dur ou disquettes, le système d'exploitation et l'interface résident directement dans la mémoire morte. Tandy avait expérimenté cette approche sur certains modèles de sa gamme 1000. L'avantage se révèle immédiat : démarrage rapide et fiabilité accrue.
L'évolution technique s'accélère au fil des années. Les modèles de lancement embarquent un processeur Intel 80286 à 10 MHz, performance modeste mais suffisante pour les applications bureautiques de l'époque. Quatre ans plus tard, quand IBM cessera la production, les derniers PS/1 intègrent un Intel 486 DX2 cadencé à 66 MHz, multipliant les capacités de calcul.
Cette disposition particulière de l'alimentation dans l'écran ne constitue pas une première. L'Amstrad PC1512 avait adopté cette solution, tout comme le Coleco Adam qui logeait son bloc d'alimentation dans l'imprimante. Mais cette configuration impose l'usage d'un connecteur propriétaire entre moniteur et unité centrale, limitant les possibilités de remplacement ou d'évolution.
IBM ne se contente pas de livrer une machine. L'entreprise déploie une stratégie marketing ambitieuse pour reconquérir le grand public. Un service d'assistance téléphonique fonctionne sept jours sur sept, week-ends inclus. Les propriétaires de PS/1 peuvent échanger entre eux via un service en ligne dédié, le « Users' Club », préfigurant les communautés d'utilisateurs qui fleuriront avec Internet.
L'aventure PS/1 s'achève en 1994. IBM arrête la production, marquant un point d'arrêt dans sa stratégie. L'année suivante, les déclinaisons PS/VP et PS/2e disparaissent aussi du catalogue. Ces décisions traduisent le retrait progressif d'IBM du marché des ordinateurs personnels grand public, un secteur où la standardisation des composants et la guerre des prix réduisent drastiquement les marges.