ANNÉES 1970

Apple II

Avec la sortie de l’Apple II en 1977, Steve Wozniak et Steve Jobs ne se contentent plus de bricoler dans un « garage », ils veulent conquérir le grand public. Leur première machine grand public ne ressemble en rien aux kits électroniques qui encombrent alors les clubs d’informatique. Fini les cartes mères nues et les boîtiers de fortune : l’Apple II se présente dans un élégant coffrage en plastique beige, clavier intégré, prêt à l’emploi.

Wozniak a conçu l’architecture autour du microprocesseur 6502, moins cher que l’Intel 8080 qui équipe ses concurrents. Son génie technique transparaît dans la sobriété du circuit imprimé, où chaque composant trouve sa place avec une économie de moyens remarquable. La machine démarre avec 4 Ko de mémoire vive, extensible jusqu’à 48 Ko, et embarque l’Integer BASIC directement en mémoire morte. Mais ce qui frappe d’emblée, c’est la gestion native des couleurs et du son. Wozniak avait d’ailleurs développé ces fonctionnalités dans un but précis : programmer Breakout en BASIC.

Jobs, lui, pense marketing et design. Il refuse catégoriquement les boîtiers métalliques qui donnent aux ordinateurs des airs d’équipement industriel. Jerry Manock dessine un coffrage en plastique moulé aux angles arrondis, avec cette forme caractéristique en biseau qui deviendra la signature visuelle d’Apple. L’appareil devra trouver sa place dans un salon comme n’importe quel téléviseur.

La commercialisation démarre en juin 1977 à 1 298 dollars pour la configuration de base. Le succès dépasse les espérances. Particuliers, écoles et petites entreprises se disputent la machine. L’architecture ouverte avec ses huit slots d’extension facilite les améliorations : mémoire supplémentaire, interfaces diverses, contrôleurs de disques. Un écosystème complet de fabricants tiers se développe.

Avec l’arrivée du lecteur de disquettes Disk II en 1978, Wozniak a frappé fort : pour 495 dollars, sa création offre 113 Ko de stockage sur des disquettes 5 pouces 1/4. Le système d’exploitation DOS, dans ses versions successives 3.1, 3.2 puis 3.3, simplifie la gestion des fichiers. Cette solution fiable et abordable ouvre définitivement les portes du marché professionnel à l’Apple II.

L’année 1979 restera dans les mémoires. Apple commercialise l’Apple II Plus qui remplace l’Integer BASIC par l’Applesoft BASIC en ROM, plus sophistiqué avec ses nombres à virgule flottante. La mémoire standard grimpe à 48 Ko. Mais surtout, VisiCalc fait son apparition. Ce premier tableur de l’histoire révolutionne l’usage de l’ordinateur en entreprise. Beaucoup achètent un Apple II uniquement pour faire tourner VisiCalc.

L’Apple IIe de 1983, véritable vedette de la gamme, possède 64 Ko de RAM extensibles à 128 Ko et un affichage 80 colonnes, le tout en faisant un outil de bureautique crédible. Le clavier complet avec minuscules facilite la saisie de texte. La compatibilité avec l’existant est totale, gage de pérennité des investissements logiciels.

Apple tente le pari de la compacité avec l’Apple IIc en 1984. Ce modèle intégré, lecteur de disquette incorporé, vise les foyers et les écoles. L’abandon des slots d’extension au profit de ports standardisés simplifie l’usage mais limite l’évolutivité. Son design soigné lui vaut plusieurs prix esthétiques, une première pour Apple.

Le chant du cygne arrive avec l’Apple IIGS en 1986. Son processeur 16 bits est compatible avec le 6502, ses capacités graphiques et sonores impressionnent, son interface s’inspire du Macintosh. Hélas, Apple mise déjà tout sur le Macintosh. L’IIGS, malgré ses qualités indéniables, reste dans l’ombre de son grand frère.

La production de l’Apple II s’arrête définitivement en 1993 après seize années d’une carrière exceptionnelle. Plus de six millions d’exemplaires vendus témoignent d’un succès qui dépasse le cadre informatique. Cette machine a démocratisé l’ordinateur personnel, prouvé qu’il pouvait être à la fois puissant et accessible.